Chapitre 8 : En guise d’envoi
Date de publication : 01/02/2007
Etat d'avancement du travail : Terminé.
Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE
Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 10/12/2008 à 09:19
Dispose des droits sur la publication.
Publication de la page : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 10/12/2008 à 11:24
Bloc HTML non structuré n°59/1055#1 - Nombre de téléchargements : 823/12769
« Grâce à nos manteaux couleur muraille (gris béton), notre don d’ubiquité et
nos nombreux informateurs, nous sommes en mesure de vous révéler que les 300
experts réunis ce jour à la Marlagne ont négocié pour l’éducateur la juste
reconnaissance des compétence suivantes :
L’éducateur est d’abord un professionnel de l’humour :
• De l’humour noir : quand il voit ce qu’on entend et entend ce qu’il
découvre de ses propres yeux, notre monde va mal, il vaut mieux en rire.
• De
l’humour lubrifiant : il l’introduit dans la relation pour lui donner du jeu,
pour créer de la connivence et autoriser l’autre à y retrouver une place
• De
l’autodérision, pour se libérer entre collègues des tensions du métier, des
exigences de la hiérarchie qui au nom de l’efficacité économique rêve de figer
les cadres relationnels.
L’éducateur est
un être de communication interpersonnel triangulaire, en groupe... Un
virtuose devenu contorsionniste pour accorder son pas au vôtre et donc en
définitive un excellent danseur...
L’éducateur semble encore choisir son métier par
vocation : il a un grain, un beau matin, il s’est levé et a annoncé qu’il
serait éducateur, na !
Cela doit tenir d’une histoire de famille, de troupe
scout et d’envie de servir.
Contrairement à ce que l’on croit, son parcours
n’est pas linéaire : il a pris la température du monde ici et là, a butiné des
points de vue différents puis s’est décidé à faire le grand écart, a essayé de
rapprocher les lèvres des fractures du monde. Il risque sa vie, son image, il
aime l’adrénaline qui baigne les thrillers : il se met à nu, découvre sa
fragilité et sait qu’il risque d’être broyé tôt ou tard par la machine
institutionnelle.
Mais il trouve sa
dignité dans son rôle d’acteur politique : il est éclaireur envoyé aux
marges de la société et peut ainsi lui montrer la voie pour s’allier les bonnes
grâces de ses frontaliers. Il est aussi résistant, défenseur des valeurs face
aux créateurs de besoin, aux trend setters de tout poil qui vous déclassent un
homme aussi vite qu’une génération d’ordinateurs.
L’éducateur est un professionnel de la gestion de
l’imprévisible. Il sait qu’il n’y aura jamais de prévu sans bug, de prévu
sans imprévu et qu’il est prié d’être là en temps réel, de rebondir sans
tergiverser quitte à devoir s’expliquer de ses lapsus et actes manqués...
Il
sait qu’il peut compter sur son imaginaire bien débridé par sa formation pour
sortir du cadre, tenter le coup d’œil depuis Sirius puis rejoindre rassuré notre
planète bleue... Il décolle grâce à l’analyse sociologique, la logique d’acteur,
l’interprétation musicale, graphique, l’autoportrait humoristique ou la
confrontation avec un stagiaire.
L’éducateur est peut-être avant tout un excellent
observateur, capable de décrire des faits relationnels chez lui et chez
ceux avec qui il est en contact et de les distinguer des interprétations,
jugements et émotions qu’ils suscitent chez les uns et les autres. Il distingue
aussi les liens qui unissent les comportements des différents
protagonistes.
L’éducateur est confronté
à un problème existentiel. Beaucoup de professionnels disent pratiquer
l’accompagnement : l’animateur, le psychologue, l’assistant social, le
criminologue, l’enseignant, l’infirmière, et certains le font réellement...
L’éducateur doit donc marquer son territoire, dire sa spécificité, affirmer son
identité et revendiquer un statut.
Et enfin, pour palier au manque de
reconnaissance sociale de sa fonction et à la maigreur de son salaire,
l’éducateur se doit d’être un grand
professionnel de la recherche de plaisirs dans son travail. Il a besoin pour croître et
s’épanouir de la liberté d’organiser son action dans le respect de l’étymologie
du mot ‘profession’ : l’aveu de ce qu’il est. Bonjour l’artiste ! »
Le 25 octobre 2005, en fin de journée, il s’est aussi agi de parler d’avenir. L’ensemble des organisateurs de Form’Educ est venu face au public exprimer ses remerciements par rapport à l’excellente participation de tous lors de la journée écoulée. Merci à la qualité de présence dans les échanges - qui fut très remarquée - ainsi qu’à l’utilisation discrète de la technologie qui a laissé toute sa place à l’humain. L’engagement a été pris de renouveler ce type de rencontre à un rythme à déterminer (peut-être bisannuel) avec l’intention de rencontrer les grandes questions qui traversent la profession d’éducateur.
La profession semble avoir besoin, en Communauté française de Belgique, de lieux structurants. Il semble que Form’Educ puisse en être un. Certes le focus est mis sur la formation mais - de manière quasi corollaire - il y a le souci d’interpeller les milieux professionnels, avec des idées qui puissent susciter chez eux des initiatives et avec l’intention d’avancer avec eux dans le cheminement identitaire.
A ce sujet, la question du statut juridique flou du titre « éducateur spécialisé » reste une épine dans le pied avec laquelle on ne peut marcher éternellement. Ne serait-ce que pour cette question, il est grand temps, estime la plateforme, que professionnels et formateurs des métiers de l’éducation spécialisée se concertent mieux en vue d’une action efficace sur le terrain politique.
La dimension internationale dans l’évolution des formations (processus de Bologne) a également été évoquée comme un défi où pourrait se consolider l’identité d’une profession ou d’une formation au travers des frontières des pays européens dans un premier temps (c’est l’ambition de Bologne) mais aussi dans une rencontre et une confrontation socio-économique planétaire de plus en plus évidente dans laquelle le travail socio-éducatif est partie prenante.
Enfin la rencontre des Hautes écoles et des Écoles de promotion sociale semblent pouvoir être un levier important pour unir des forces jusque là séparées et faire avancer de concert, ce qui s’est aujourd’hui clairement révélé comme une cause commune. Form’Educ souhaite cette rencontre. Les écoles de promotion sociale également. Alors, au travail.
« La journée s’est achevée sur un verre de l’amitié on l’on a pu prendre la mesure du chemin parcouru... et de celui qui reste à faire. A suivre donc, avec vous sans doute ! »
