LABISO laboratoire des innovations sociales  

Cahier Labiso
Périodique N°72
Éducateur spécialisé entre métier et formation
Une journée d'études organisée par Form'Educ

Sommaire


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Nous remercions, pour son soutien actif, Eliane Tillieux, la Ministre de la Santé, de l'Action sociale et de l'Egalité des chances.

Le 25 octobre 2005, se concrétise le projet de la plateforme Form’Educ : celui de réunir praticiens, étudiants et formateurs concernés par l’éducation spécialisée pour débattre, échanger, questionner l’écart entre métier et formation. Ce cahier Labiso fait office d’actes du colloque. Il reprend, à cet effet, les interventions de quelques personnes-ressources invitées à s’exprimer lors de la journée. Le cahier propose également une mise en contexte de cette initiative. Il recueille a posteriori les impressions des organisateurs, leurs perspectives.

Chapitre 2 : Une première journée d’étude

Publication inédite (édition in extenso). Langue : français.
Date de publication : 01/02/2007
Etat d'avancement du travail : Terminé.

Classification : SCIENCES SOCIALES / ASSISTANCE SOCIALE

Publication de l'ouvrage : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 10/12/2008 à 09:19
Dispose des droits sur la publication.

Publication de la page : Mr. Pierre-Yves Krywicki le 10/12/2008 à 11:17
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Une première journée d’étude

Le 25 octobre 2005, sous l’intitulé « Éducateur spécialisé : entre métier et formation », Form’Educ invite tant d’autres formateurs de plein exercice ou de la promotion sociale, que les étudiants de ces écoles, ou les professionnels concerné par l’éducation spécialisée. Le souhait premier consiste à creuser la question récurrente pour eux : « nos écoles préparent-elles bien au métier qui attend les étudiants-éducateurs ? ».

Écoles impliquées dans l’organisation de la journée

Haute école Lucia de Brouckère (réseau provincial – Jodoigne) ; Haute école de Bruxelles (réseau de la Communauté française – Bruxelles) ; Haute école ISELL CFEL, département socioéducatif (réseau libre – Liège) ; Haute école Charlemagne (réseau de la Communauté française – Liège) ; Haute école de la Communauté française du Luxembourg « Schuman », institut d’enseignement supérieur pédagogique (réseau de la Communauté française – Virton) ; Haute école provinciale de Charleroi, université du travail, département pédagogique (réseau provincial – Marcinelle) ; Haute école catholique Charleroi Europe, catégorie pédagogique (réseau libre – Gosselies) ; Haute école de la Communauté française du Hainaut (réseau de la Communauté française – Mons) ; Haute école de la Communauté française du Hainaut (réseau de la Communauté française – Tournai) ; Haute école de la Province de Liège Léon-Eli Troclet (réseau provincial – Jemeppe)

Un espace
entre métier
et formation


C’est l’écart entre formation et pratique professionnelle, que les organisateurs décident de mettre en débat. De manière résolument positive, ils sont convaincus que les tensions peuvent être fructueuses, ils veulent contribuer à construire un espace entre métier et formation, favoriser un échange entre professionnels, formateurs et étudiants. Et de préciser l’esprit de la journée auquel ils aspirent : « Plutôt que de dénoncer cet hiatus existant entre formation et pratique professionnelle, il nous semble devoir le reconnaître comme une réalité présente dans tout secteur professionnel. Nous souhaitons dès lors saisir cet écart non plus comme un mal inévitable mais bien plus comme un fait nécessaire voire une ressource indispensable... en particulier pour le métier d’éducateur. »

Cette question de l’écart ouvre immanquablement sur celle de la définition du « noyau dur » du métier d’éducateur, et donc des formations qui y préparent. « Ce métier ne se réduit pas à une série d’actes techniques aisément descriptibles mais a toujours l’humain comme préoccupation essentielle, l’ouverture à autrui comme valeur prioritaire et, très concrètement, un travail relationnel dans un quotidien partagé comme champ privilégié. Bref, parler de ce métier amène à parler de tout l’homme en société en même temps que de rendre compte du caractère singulier de chaque rencontre ».

Les organisateurs inscrivent d’ailleurs leur démarche dans des perspectives larges. Ils appellent de leur vœu « un désir politique de reconstruire une société ‘éduquante’, c’est-à-dire une société où la transmission et la solidarité feraient partie du souci de la collectivité et auraient leur place dans le rapport que nous avons aux autres (...) ».


Tout un programme

La journée du 25 octobre 2005 se découpe en un schéma deux temps.


Premier temps, une séance plénière où se succéderont les interventions du philosophe et formateur pour adultes, Jean Blairon ; du psychologue et psychopédagogue, formateur d’éducateurs, Jean Brichaux ; puis du docteur en sciences de l’éducation et éducateur spécialisé, Philippe Gaberan. Le choix des intervenants résulte du souhait d’entamer le questionnement avec le tenant d’un point de vue critique assez « général » qui inscrit la problématique de la formation dans une interrogation sociologique et idéologique, puis de poursuivre par la réflexion d’un formateur qui tâche de préciser à quoi peut tenir l’art de la formation dans et par l’écart pour terminer par l’approche d’un « éducateur-formateur » qui creuse l’interrogation à partir de la relation humaine concrète qui supporte chaque intervention éducative.

« Cela a commencé fort avec les interventions de Jean Blairon, Jean Brichaux et Philippe Gaberan qui ont très vite emmené l’assistance là où nous les attendions : autour de la question centrale du sens de ce métier dans un contexte sociétal où l’éducateur apparaît principalement de deux façons. D’une part, comme un incontournable social, une urgente nécessité que l’on évoque face à la difficulté du quotidien des plus faibles ou dès que dans l’effervescence de l’actualité, une banlieue brûle... un peu plus longtemps qu’un jour ou deux. Et d’autre part, comme un empêcheur de gouverner en rond dans la mesure où il révèle les maillons faibles de notre organisation sociale, professionnel toujours à la marge. Les éducateurs sont présents en première ligne, là où parfois le ‘sociabily correct’ s’estompe. Ceci dans un contexte de reconnaissance floue du statut et d’une recherche récurrente d’identité ! Des propos dont la diversité dans le ton et dans la pensée révélait peu à peu la profondeur d’un sentiment commun ‘noyau dur de la profession’ qui parlait et s’affermissait au gré des différentes nuances et précisions des orateurs.

Il y eut des temps de débats, souvent trop courts mais toujours très vivants où l’on pouvait prendre le pouls de l’auditoire. Il y eut, entre autres, cet incident mémorable où un participant a parlé plusieurs fois dans son intervention des ‘clients’ de nos services sociaux à la manière anglo-saxonne, là où dans notre culture latine nous parlons plutôt d’usagers, de bénéficiaires etc.
Les petits remous qui ont suivi cette intervention étaient révélateurs de l’esprit qui traversait une grande partie de la salle protestant contre le fait qu’on assimile les éducateurs à des fournisseurs d’un produit « service socio-éducatif » fourni à un client déjà pas mal piégé par un modèle omniprésent du ‘tout à la consommation’.

Tant qu’à parler consommation, il était déjà... plus que temps de passer à table, ce que l’on fit en essayant de caser en un seul long service les trois cents participants qui avaient réservé leur dîner. Les conversations vont bon train. Certaines tablées rassemblent plutôt des collègues contents de se retrouver ensemble hors de leur cadre habituel, d’autres sont l’occasion de rencontres et de découvertes de personnes venues d’horizons différents et permettent d’initier les contacts. »


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Deuxième temps, une série de quatorze ateliers sont proposés au choix des quelque trois cents participants.

« Les quatorze d’ateliers de l’après-midi voulait donner la chance à une parole plus proche, parfois même plus intime, de s’exprimer dans des groupes de 25 ou 30 participants.
Il y eut bien des accents différents dans ces groupes et ce fut l’occasion d’entendre quelques coups de coeurs comme des grincements de dents.
Sur le thème de la créativité, pour ne prendre que cet exemple, il y eut des témoignages faisant part du renouvellement à la fois professionnel et personnel qu’apporte une pratique culturelle vivante dans les ateliers artistiques avec les personnes handicapées (il fut question d’un atelier-théâtre avec des personnes trisomiques) et à l’autre bout, le témoignage un peu douloureux d’un éducateur qui se sentait en panne totale de créativité et qui venait chercher là, comme il le disait lui même ‘un peu de flamme pour rallumer son feu’.

Parler de tous les ateliers à la fois eut été une gageure.
Et c’est bien le défi qu’ont relevé nos deux collègues de la promotion sociale Jacques Vanhaverbeke et Stéphane Heugens qui réussirent, en fin d’après-midi à nous présenter leur fil rouge avec l’humour et l’originalité qui convenaient à un exercice de fin de journée et qui se devait donc d’être à la fois dense et léger. Cette quadrature du cercle, ils l’ont incarnée avec talent, à la plus grande joie de tous ! »


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Rendre compte de la journée

Ce cahier Labiso fait, en quelque sorte, office d’actes de colloque, agrémenté d’une remise en contexte. Il reprend, en effet, tout en les replaçant dans la démarche plus générale de Form’Educ, les débats tenus lors de cette journée d’études du 25 octobre 2005. Certains aspects des débats, devrait-on préciser. Ceux qui ont laissé des traces « physiques ». Ainsi, sont retranscrites dans leur quasi intégralité les interventions du matin (les sous-titres et les mises en exergue ont été ajoutés par les auteurs du cahier Labiso). A lire dans les trois chapitres qui suivent. Quelques pistes de lecture et références bibliographiques apportées par les trois intervenants sont reprises dans le chapitre « Pour en savoir plus ». Les interactions avec la salle sont, elles, malheureusement perdues, hormis pour la mémoire des personnes présentes. Les enregistrements ont rencontré des problèmes techniques fatals, au grand regret des organisateurs. Quant aux ateliers, leur richesse pourra transparaître au travers du programme détaillé qui les annonçait. A lire également dans le texte qui suit.